Prendre sa santé connectée en main… avec l’aide de son pharmacien

Prendre sa santé connectée en main… avec l’aide de son pharmacien

Alors que l’on constate une croissance des maladies chroniques liée au vieillissement de la population, que les Québécois sont de plus en plus connectés et à l’aise avec les nouvelles technologies, que le système de santé au Québec est en crise de financement et de ressources, et que le rôle des pharmaciens se voit étendu depuis peu, explorer le potentiel des nouvelles technologies dans une perspective relationnelle entre l’individu et le pharmacien nous apparaissait une piste de réflexion porteuse pour notre société.

C’est dans ce contexte qu’Anaïs Ake, étudiante à la maîtrise ès sciences de la gestion (M.Sc.), s’est intéressée à mieux comprendre jusqu’à quel point les consommateurs québécois seraient prêts à adopter une application mobile gratuite leur permettant de monitorer et de gérer leur santé seuls ou encore mieux avec le suivi de leur pharmacien. Cet outil pourrait entre autres être des plus pertinent pour le pharmacien en permettant de faciliter le suivi de santé des patients et de renouveler la relation que les pharmaciens entretiennent avec leurs patients dans une optique de fidélisation. Elle a aussi voulu savoir quelles facteurs motivaient les consommateurs quant à leur intention d’adoption et l’intérêt pour le suivi du pharmacien… était-ce surtout les caractéristiques de l’application mobile (utilité et facilité d’utilisation), l’état de santé de l’individu, sa relation aux nouvelles technologies, la qualité de la relation avec son pharmacien? La nature sensible des données récoltées et potentiellement échangées dans ce contexte a aussi conduit à mesurer si la confidentialité et la sécurité des données constituaient des freins importants à l’adoption éventuelle de la plateforme.

Dans le cadre de son mémoire de maitrise, sous la direction de Manon Arcand, professeure au Département de marketing, Anaïs Ake a su intéresser un partenaire d’affaires, M. Roger Simard, pharmacien de profession et président de Soins Pharmaceutiques Inc. qui s’est associé au projet. Le projet de recherche a donc reçu le soutien financier de Mitacs dans le cadre du programme Mitacs Accélération ainsi que de la Fondation Roger Simard. Notons que dans le cadre de sa pratique auprès de patients âgés, M. Simard a déjà testé à petite échelle l’effet d’une telle plateforme mobile dans la gestion de la santé de ses patients et il est un ardent promoteur de la santé connectée. Cette étude, plus grand public, s’inscrivait donc dans la continuité de ses travaux.

Qu’est-ce qu’une plateforme de gestion de santé mobile?

Il s’agit d’une application mobile qui permet l’entrée et le suivi de diverses données liées à la santé et à la forme physique tels : poids, nombre de pas, hypertension, diabète, cholestérol, etc. Le suivi est possible à partir de l’entrée manuelle de données ou via l’entrée automatique d’appareils de santé connectés (bracelets, pèse-personne, tensiomètres, glucomètres, etc.). L’application calcule les risques pour la santé en fonction des données de l’utilisateur et affiche des graphiques qui décrivent l’évolution du suivi. Un tableau de bord permet à l’utilisateur de voir où il se situe en un seul coup d’œil (vert = tout va bien, jaune = attention ou rouge = vos données indiquent un risque pour la santé). Il est aussi possible de partager les données de l’application avec un professionnel de santé (ex. pharmacien) qui agit alors comme coach santé et peut proposer des conseils pertinents sur la base des données colligées.

 À l’automne 2016, une étude a donc été réalisée auprès de 502 consommateurs québécois âgés de 40 ans ou plus pour évaluer les principaux facteurs qui déterminent l’intention d’adoption d’une plateforme mobile de gestion de la santé et l’intérêt pour un suivi personnalisé par le pharmacien via la plateforme. Les motivations et les freins liés à l’adoption ont été mesurés.

Les résultats

Les résultats indiquent que plus de 40 % des consommateurs québécois sondés (42,5 %) ont une forte intention d’adoption de la plateforme de gestion de santé mobile et qu’un répondant sur deux (50 %) présente un fort intérêt pour un suivi personnalisé de sa santé par le pharmacien. Pour les consommateurs plus à l’aise avec la technologie que la moyenne ou ceux utilisant déjà des appareils connectés, cette proportion de consommateurs fortement intéressés à la plateforme ou au suivi personnalisé monte à plus de 60 %. L’utilité perçue de la plateforme sur la gestion de la santé et sa facilité d’utilisation sont les principaux facteurs motivant l’adoption. Des questions sur les freins, notamment en ce qui a trait à la sécurité et la confidentialité des données de santé, ont été posées, mais les résultats indiquent que plus des ¾ des répondants ne perçoivent pas ces éléments comme des risques majeurs et on constate peu de liens entre ces risques et l’intention d’adoption de la plateforme.

L’étude a aussi permis de constater que les pharmaciens québécois bénéficient d’un grand capital de confiance auprès des consommateurs, car plus de 80 % des répondants ayant visité leur pharmacien dans la dernière année disent avoir un fort niveau de confiance et de satisfaction envers eux. C’est d’ailleurs ce capital de confiance qui motive principalement l’intérêt des  consommateurs pour le suivi personnalisé du pharmacien.

Dans un objectif de prise en charge de sa santé, de prévention et aussi dans la perspective de renouveler la relation pharmacien-patient, la santé connectée semble être une option valorisée par les consommateurs québécois. Elle apparait pertinente et définitivement d’actualité pour les consommateurs qui sont de plus en plus exposés à ce type d’offre de service technologique visant la santé.

Lisez la nouvelle concernant la subvention obtenue pour ce projet